2 – Blocage d'une enquête par un colonel de gendarmerie « au bras long »

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Le colonel Bernard Tomalak est un gradé de gendarmerie sur le territoire français, semble-t-il brillant puisqu'il a été récompensé au début des années 2000 par la Légion d'honneur.

Il a été envoyé comme « attaché de sécurité intérieure » auprès de l'ambassade de France à Kinshasa, c'est-à-dire le plus haut niveau là-bas pour assurer la sécurité des Français et de leurs intérêts. Accessoirement, il travaillait également en collaboration avec la police congolaise dans des cadres de formation du personnel.

Le colonel a ensuite pris sa retraite dans un village de Normandie où il a continué à exercer une activité publique puisqu'il a été, un temps, maire de son patelin.

 

La connaissance du kidnapping par le colonel

Le colonel va éviter de laisser beaucoup de traces écrites. Je m'en aperçois depuis ces dernières années lorsque j'ai voulu remonter cette affaire. En fait, tout ce qu'il nous donnait comme conseils était essentiellement oral. Mais que ce soit à l'écrit ou à l'oral, peu importe, car les conséquences de ses propos et des ses actions sont indéniables quand on voit la tournure prise par les événements.

Un message oral d'un responsable du Quai d'Orsay, Jean-Pierre Galland, nous informe de sa mise en contact avec le colonel : les deux savent dès le départ qu'il s'agit d'une affaire d'enlèvement d'enfant. Les deux hommes savent, par leur fonction, qu'une enquête est obligatoire dès que les événements sont liés, de près ou de loin, à des Français.

 

Aujourd'hui, avec le recul, je sais que le colonel nous mentait clairement lorsqu'il nous disait qu'il n'avait pas le droit d'enquêter. C'est faux ! (Au contraire, parfois la France va ouvrir des enquêtes à l'étranger pour des raisons que nous pourrions même trouver douteuses, quelques fois avec des relents de néo-colonialisme. Ils ne se privent pas d'enquêter au-delà de leurs prérogatives.)

 

D'après les éléments que j'ai trouvés des années plus tard en faisant ma propre enquête, et surtout ce que j'ai appris, j'ai la quasi-certitude que le colonel savait dès les premiers jours que le rapt qui avait été annoncé par ma femme à l'époque était faux. Pourquoi a-t-il laissé la rançon être payée ? J'émets deux hypothèses :

  1. le colonel Tomalak pensait peut-être que c'était pour obtenir les visas, et il a abondé dans ce sens, pensant peut-être nous « aider » ainsi ?
  2. le colonel s'est rendu compte que l'État français bloquait abusivement le regroupement de plusieurs familles dont la nôtre (on en était à 4 ans de séparation !), et il devait, pour faire plaisir à l'ambassade, éviter toute vague et étouffer un scandale ?

 

L'information du ministère de l'Économie que la rançon allait être payée

Lorsque des sommes supérieures à 7.500 euros sont débloquées en argent liquide par une banque, et ça a été le cas lorsque ma grand-mère a « cassé » 25.000 euros de contrats d'assurance-vie (ce n'est pas rien !), la banque a l'obligation d'informer un organisme qui lutte contre le blanchiment (mais pas seulement) : Tracfin. J'ai moi-même participé à cette information de Tracfin.

Quand Tracfin reçoit l'information qu'une rançon va être payée au prétexte du rapt d'un enfant, il est sûr et certain qu'un signalement est enclenché. Je ne connais pas encore le circuit de ce signalement, mais je me doute que ça arrive à l'ambassade de France qui renvoie en retour une information comme quoi l'affaire est suivie. Alors que c'était faux. Là encore, les autorités diplomatiques françaises mentaient.

 

Le relevé des numéros des billets

Avant que la rançon ne soit payée, j'avais fait relever les numéros des 400 billets de 100 dollars qui allaient être donnés. Mon but était qu'après le paiement de la rançon et la libération de l'enfant, et fois qu'elle aura été à l'abri de toutes représailles, faire la chasse à ces billets.

Il faut comprendre comment circulent les billets américains à Kinshasa. Le dollar n'est pas la monnaie locale, qui est le franc congolais, et il existe plein de petits « changeurs » à différents carrefours de la ville. Imaginez-vous, en France, quand on vous paie avec un billet de 100 euros : vous vous en souvenez, ce n'est pas aussi fréquent qu'un billet de 50 euros. Alors au Congo, avec les billets de 100 dollars, c'est pareil, on se souvient de la personne qui nous l'a donné.

Mon but était donc de distribuer ces listes de numéros de billets à ces changeurs, en doublant ou triplant le prix lorsqu'ils identifieraient une personne qui en possédait un. Vous pouvez imaginer un changeur congolais qui peut, en quelques minutes, gagner 200 ou 300 dollars parce qu'il a repéré un de ces billets extorqués : c'est clair que mon plan devait marcher.

Le colonel était au courant de ce plan, je l'en avais informé avant le paiement (c'est d'ailleurs une évidence, pour pouvoir noter les numéros des billets, il faut que ceux-ci n'aient pas été donnés). Le colonel Tomalak savait qu'une extorsion de fonds était en train d'être réalisée. Et il a laissé faire.

 

Le blocage de ma plainte au parquet d'Aix-en-Provence

Dans les semaines qui ont suivi la libération, nous avons déposé 2 plaintes distinctes (en tout cas, pour ce qui me concerne, j'en ai déposé une auprès du procureur d'Aix-en-Provence) :

 

Ma plainte a été envoyée en avril 2008. Là encore, l'enquête devait être obligatoire. Mais il n'y en a pas eu. Nos pensions, à l'époque, que ma plainte traînerait dans des dossiers ouverts durant des années, car à cause de la distance, le Congo, les autorités françaises n'auraient jamais eu les moyens d'enquêter.

Ce qui s'est passé, et je ne l'ai appris qu'en 2013, c'est que ma plainte a été classée dans les 6 mois, dès novembre 2008, non pas au prétexte d'une impossibilité de retrouver les coupables (on aurait tous compris ça), mais au prétexte, selon le parquet d'Aix-en-Provence, qu'il n'y aurait pas eu d'infraction !

Ce classement est hallucinant. Il s'agissait d'étouffer mon affaire dès 2008.

J'ouvre une parenthèse : c'est ce même parquet d'Aix-en-Provence qui, 12 ans plus tard, en 2020, cherche à me faire condamner à 5 ans de prison par une plainte fantaisiste d'une policière et accessoirement m'envoyer en hôpital psychiatrique.

La décision de classer sans suite au motif qu'il n'y aurait pas eu d'infraction, pas de versement de rançon, pas d'extorsion de fonds (c'est totalement faux, bien entendu qu'il y a eu 40.000 dollars payés, et ils ont transféré par Western Union) a été confirmée par le parquet général en 2013. Le parquet général, en schématisant, c'est le chef du parquet normal, mais avec une responsabilité accrue sur plusieurs départements (quasiment toute la région Paca, à l'exclusion du Vaucluse). Je n'hésite pas à dire que ces gens-là, ces procureurs, ces magistrats, qui pensent réécrire l'histoire en envoyant leurs victimes chez des psychiatres et en falsifiant la réalité des crimes, eh bien ces gens-là sont des voyous.

Classements sans suite abusifs

 

Le lien avec le colonel Bernard Tomalak ? C'est quelqu'un qui a le bras long et qui se sert de réseaux pour parvenir à ses fins.

 

Pour aller plus loin...

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